Le 21 avril 2008, la ville de Lille, la communauté de communes Lille Métropole Communauté Urbaine et Microsoft signaient un partenariat sur l'implantation de la société américaine à Lille.
Je vais montrer ici que cet accord n'apporte rien de particulier à Lille et sa métropole alors qu'il constitue un joli cadeau pour Microsoft. Toute cette argumentation se fait uniquement à partir des échos parus dans la presse, ayant été jusqu'à présent dans l'incapacité d'avoir le texte précis de l'accord. La principale source sera le source de Microsoft : http://www.microsoft.com/france/apr...
Un accord exceptionnel ?Cet accord est le 4eme entre une grande ville française et la société qui contourne le fisc français après Lyon, Paris et Nantes.
Cet accord est décrit comme une première car il apporterait des opérations et des événements destinés à renforcer la filière des nouvelles technologies, facilitera l’éclosion de projets innovants et permettra notamment de mettre en relation directe les différents acteurs de la filière numérique.
L'accord à Lille s'est fait en présence de Marc Mossé, un charmant cadre supérieur de chez Microsoft (il dirige Microsoft International, un petit gars éminemment sympathique)
A Paris (http://www.microsoft.com/france/apr...) on retrouve tout un vocable du même acabit : accord génial, mots qui font rêver sur le social, l'innovation ou le développement durable, mais en présence de Bill Gates
A Lyon l'accord est qualifié sur le site de Microsoft (http://www.paris.fr/portail/accueil...) comme exceptionnel. Même vocable qui ferait croire que Microsoft quitte Redmond pour venir à Lyon. Bill Gates est encore présent.
En fait seul Nantes fait "aussi mal" que Lille (http://www.microsoft.com/france/apr...) : juste un vocable de rêve et un autre cadre supérieur de chez Microsoft, Eric Boustouller (dirigeant de Microsoft France).
Un accord bénéfique pour l'emploi ?Pas de chance Microsoft ne donne aucun détail sur le nombre d'emplois créés par son implantation : je ne pourrai donc pas critiquer l'engament. Il serait ridicule pour moi s'il est de moins de 50 personnes dont le contrat de travail est situé à Lille. Il serait faible à moins de 100 personnes. Pour information, Microsoft France totalise approximativement un millier d'employés.
L'emploi IT est développé sur la métropole lilloise : OVH à Roubaix, les centres informatiques de plusieurs banques françaises à Seclin, la modernisation de la grande distribution et les parcs technologiques qui encerclent la faculté de sciences en sont autant de preuves. La présence de Microsoft n'était pas nécessaire pour pourvoir du travail aux informaticiens : il y avait déjà largement assez de demande pour eux à Lille.
La formation des informaticiens au chômage, vu ce que je viens de dire, me fait doucement ricaner. Je me demande quel est le taux de chômage des informaticiens à Lille. Former les chômeurs longue durée à la bureautique, même si c'eut été une formation aux seuls outils de Microsoft, aurait été bien plus pertinent.
Un accord bénéfique pour l'innovation ?Le soutien apporté à 20 PME innovantes par an est intéressant sur le plan de l'emploi et du dynamisme. Mais c'est surtout un cadeau à Microsoft : le soutien se traduira probablement en logiciels, formations et conseils offerts. Bref Microsoft s'assure que 20 PME innovantes ne s'aventurent pas vers les solutions IBM, HP, Novell ou Libres... Des PME qui favoriseront l'écosystème Microsoft, participeront à l'effet de masse.
Mairie NumériqueL'accord prévoit d'offrir des services aux citoyens. Le moteur de recherche Live (édité par Microsoft) y est cité ouvertement. On parle d'une messagerie, difficile de croire qu'autre chose que Live Mail sera promu. En clair : Microsoft va bénéficier du soutien de la mairie de Lille pour faire la promotion du moteur de recherche de Microsoft et à ses services en ligne. J'invite Thierry Stoehr a poser les bonnes questions au sujet de ces services. En tant que simple citoyen, je trouve choquant que dans un accord d'implantation se case un accord sur un tout autre sujet. Aucun appel d'offre n'aura lieu sur le sujet a priori et c'est mauvais. Mais la gestion de la ville de Lille n'est pas à ça près ...
NaïvetéLors du premier conseil municipal de rentrée, en septembre, Pierre Desaintignon a présenté ce qu'il pense être un équilibre à Euratechnologie : - Deux grandes sociétés : Microsoft et Capgémini - Des PME - Un incubateur
Capgémini est une société de services, elle est logicellement « neutre ». Microsoft est une société monopolistique sur le marché des systèmes d'exploitation pour ordinateurs de bureau dont les pratiques illégales ont déjà été condamnées par l'Union Européenne.
Les PME se verront probablement offrir formations, conférences, repas et réductions sur le prix des licences. Elles deviendront vite de gentils partenaires Microsoft, sauf pour les rares idéologues et ceux qui se méfient de la première dose gratuite. Le volet PME sera donc rapidement dominé par l'écosystème Microsoft.
Et l'incubateur ? On vient d'en parler : 20 entreprises innovantes à soutenir ça demande un incubateur qui sera lui aussi dans l'écosystème.
Même sans accord politique, la société Microsoft aide des PME et dispose d'œuvres socialies (comme toute grande société). Simplement aider Microsoft à s'implanter à Lille aurait été suffisant : pourquoi signer cet accord qui lie Lille à la société Microsoft ? Quand Vinci ouvre un parking, on ne signe pas un tel accord.
Bref ce n'est pas Euratechnologie, c'est Euramicrosoft
Faut-il remettre en cause l'accord ?Il faut avant tout en enlever les sections liées à l'e-citoyenneté qui doivent faire l'objet d'un cahier des charges clair, faisant appel aux formats ouverts, et d'un appel d'offre équitable.
La mairie et la métropole ont consacré des énergies dans ce projet. Il serait vain de gaspiller d'autres énergies pour le défaire. La ville gagne par contre à multiplier ses partenariats pour ne pas se rendre tributaire de Microsoft, ni de quelque société que ce soit.
Dénoncer l'accord sans remettre en cause la présence de Microsoft est un choix qui s'offre à la mairie. Ce choix offre la possibilité de détacher ce lien étrange qui uni Lille à une entreprise sans gain sérieux pour la ville ni sa métropole.
Un nouvel élu : un espoir ?C'est le chantier qui attend le nouveau délégué informatique de la ville de Lille, le Modem Frédéric Lambin.
C'est un espoir : le Modem est un parti dont le leader, François Bayrou, est reconnu pour son action lors des débats sur DADVSI et sa bonne compréhension des enjeux de l'informatique (voir ici).
J'ai déjà rencontré Frédéric Lambin à quelques occasions, et plus posément lors d'une repas en compagnie du délégué général de l'April, Frédéric Couchet.
Malheureusement, pour l'instant rien ne semble bouger...
Et pour conclureLes mots d'Eric Quiquet, tête de liste des verts à Lille, lors des dernières élections municipales : Microsoft est à l'informatique ce que Monsanto est à l'agricultre
Cette citation appelle une comparaison : si Monsanto s'installait avec accord similaire à Eurasanté, comment réagiriez-vous ?
J'aime tester les différentes distributions qui existe : ça me permet de troller avec bonne conscience. Pour la première fois, je viens de tester gNewSense. C'est en direct de gNewSense que je vous écris ce billet ! :)
Introduction à gNewSense gNewSense est une distribution soutenue par la Fondation pour le logiciel Libre. Elle s'appuie sur la distribution très populaire Ubuntu en premier lieu et pioche dans Debian ce qui lui manque. Là où Ubuntu se prête parfois à des compromissions vis à vis du logiciel Libre, gNewSense reste intègre.
Elle est issue d'une discussion entre Richard Stallman, créateur de la Fondation pour le logiciel Libre, et Mark Shuttleworth, créateur de la distribution Ubuntu. Leur but était d'offrir une alternative entièrement Libre à Ubuntu.
Trouver gNewSense
Trouver gNewSense n'est pas très compliqué : un coup de Scroogle et on tombe sur le site de la distribution. C'est en anglais mais on trouve tout de suite un gros bouton orange marqué download now qui ne prête pas à confusion. Il mène directement sur le fichier .iso. C'est très agréable de ne pas avoir à naviguer des heures pour trouver le CD.
Je télécharge à une bonne moyenne (700k/s) et je grave une galette.
Premier contact Ca commence mal. Le splashscreen du CD est tiré du CD d'installation de Debian. Aucune option n'est possible. Pas de choix de la langue, rien. On démarre et tout de suite une progress bar à la Ubuntu apparait. La progress bar est en vert, le logo d'Ubuntu remplacé par celui de gNewSense.
Pour celui qui est habitué à Ubuntu, il n'y a pas vraiment de surprises au premier abord. Quelques détails font quand même comprendre qu'on est chez la FSF : Emacs est présent par défaut dans les menu (voir l'image en dessous)
Installation
L'installation suit la procèdure Ubuntu classique. Un petit quelque chose m'a surpris : j'ai beau sélectionner le français comme langue, on me propose le clavier anglais par défaut et le créneau horraire se met à Londres. Rien de dramatique.
Usage
gNewSense est une distribution orientée Gnome. Epiphany en navigateur par défaut, Evolution pour les mails, Pidgin pour le chat, Totem pour les vidéos, Rhythmbox pour la musique, Gimp pour les images et OpenOffice.org pour la bureautique.
L'ajout/installation des programmes utilise les outils Ubuntu. La seule différence c'est qu'on ne retrouve ni les drivers propriétaires, ni flash ni aucun logiciel propriétaire. Adieu au bling bling d'un compiz-fusion ou les jeux de kek, mais bonjour à la certitude d'avoir un ordinateur entièrement Libre.
Je doute que beaucoup soient prêts à abandonner le jeu de détente sur internet ou prêts à avoir une interface spartiate (ala windows xp) contre de la liberté. C'est à vous de juger ce qui est le plus important. A mes yeux l'interface spartiate ne me dérange pas du tout (surtout que ma bécanne dépourvue de carte graphique tourne vachement plus vite sans machin 3D à faire tourner), mais les petits jeux à la con sur Internet me manquent. Et pour ça j'ai une solution :deux distros sont installées sur mon ordinateur. Celle qui démarre par défaut est 100% Libre (c'était Debian et c'est gNewSense à présent) et me sert dans la vie de tous les jours. La seconde est plus crade (drivers proprio, flash etc.) et me sert pour épater les copains avec du bling bling et à jouer chez Kek :)
Petits défauts
Queqlues détails me font douter sur le sérieux de gNewSense. Il ne s'agit peut-être que de défauts dus au manque d'énergies sur le projet. En voici la liste :

Conclusion
gNewSense est un système libre basé sur Ubuntu. Ce que j'avais pu en lire est donc vrai. Ce que j'avais pu en lire avait juste oublié de dire que la distro dispose de quelques petits défauts, mais je ne vais pas râler : je suis le premier à laisser des défauts comme ça sur un travail "terminé" :)
Le sénat envisage de créer un label pour guider le surf des jeunes (voir ici). Je ne vais pas prendre le temps de commenter le projet sénatorial, totalement à côté de la plaque mais expliquer comment les labels pour les sites webs pourraient être une très bonne chose.
Les labels internet nationaux sont une bonne idée à condition de respecter plusieurs points essentiels pour les sites web et les usagers.
Les labels, une bonne idée
Le web est vaste, le web est et doit rester un espace de liberté. N'importe qui peut être perdu sur internet et des labels peuvent aiguiller l'internaute. Ils peuvent également être un gage de qualité pour un site qui fournit des efforts sérieux.
Bien géré, dans de bonnes conditions, les labels sont une bonne idée. Voyons quelques pistes pour la bonne gestion de ces labels.
Des labels équitables
N'importe quel site doit pouvoir demander librement, équitablement et gratuitement un label.
Des labels fiables et reconnaissables
Les labels ne doivent pas être un outil marketing. Il faut que chacun puisse avoir confiance dans ces labels. Ils doivent être fiables et reconnaissables
Les règles du label doivent être stables et compréhensibles par tout le monde. Les changements trop fréquents des règles, leur longueur ou leur jargon sont des obstacles à la confiance qu'on peut leur accorder. Un label qui ne respecte pas ces règles n'est pas fiable
Les labels devront être recensés sur un site web qui centralisera l'information. L'individu pourra soit le consulter comme un annuaire, soit aller y vérifier si un site est labellisé.
Des labels indépendants
Les labels doivent être indépendants de tout pouvoir : financier, politique etc.
Des labels nationaux ?
Internet n'a pas de frontières, ça sert à rien des labels nationaux Que nenni !
Je vais néo-godwiner un coup, mais aurions-nous les mêmes critères de labels journalistiques que cette grande démocratie populaire qu'est la Chine ? Pas sûr que http://www.rue89.com ait son label. Sommes-nous prêts à partager les labels pour sites féminins de l'Arabie Saoudite ? Pas sur que les forums d'http://www.aufeminin.com aient leur label non plus.
Les labels sont intimement liés à la culture. Les labels doivent être français ou, mieux, européens.
Vive les labels !
Cette réflexion est à approfondir bien sûr, mais je pense que les labels sont une bonne idée. Ils peuvent être la réponse de l'état pour aider les citoyens à mieux s'y retrouver sur internet. Ils peuvent permettre aux petits sites ou aux sites communautaires de prouver leur sérieux face aux gros sites disposant de moyens (identité visuelle, publicité télévisée etc.) pour se faire passer pour sérieux.
Il y a quelques jours, la société américaine McColo a du fermer ses portes suite au travail du Washington Post (probablement grâce au journalisme total). McColo était une société qui avait des pratiques franchement pas catholiques et qui expédiait énormément de spams, notamment en infectant des ordinateurs de monsieur et madame toutlemonde avec des virus d'émission de spams.
Et voilà tout le monde du journalisme informatique français d'annoncer une baisse de 65%, 70% et même 75% du spam pour les plus courageux (pour une revue de presse) Travaillant chez un éditeur de solutions anti-spam je peux vous assurer que ces chiffres sont archi-faux. Du moins pour la France.
Parmi nos nombreux produits, il existe une offre de filtrage anti-spam mutualisé. Sur ces plate-formes nous hébergeons un très grand nombre de domaines et un flux de mail suffisamment important pour avoir une vision claire de la réalité française.
Avant la chute de McColo
Je confirme un premier chiffre : plus de 95% du flux de mail est du spam. Dont plus de 85% de manière indiscutable, 10% que nous mettons en quarantaine et où nous avons un taux de 2 pour mille de faux positif, largement compensés par les faux négatifs.
Un peu de présentation des chiffres. Les RBL sont des listes noires d'adresses IP reconnues comme étant émettrices de spams. Les spameurs pour gagner du temps ne respectent peu ou pas le protocole d'échange de mails le protocole SMTP, on peut même les reconnaître à ça. A la fin, si les RBLs et le protocole n'ont pas arrêté le message, alors seulement on commence à en lire le contenu.
Sur les serveurs dédiés, au 10 décembre voici les chiffres :
Au final le taux global de filtrage le 10 novembre aura été de 99,2%.
Immédiatement après la chute de McColo
Immédiatement après la chute de McColo, autour 12 novembre, nous sommes passés de 99% de spams à 88%. Une chute de l'ordre de 10% en faisant un arrondit supérieur. Si on exclut les RBL, l'amélioration est de l'ordre de 30-40% (je n'ai pas les chiffres en tête, promis demain au boulot j'édite ce billet pour le compléter avec de vrais chiffres en poil de chiffres). Nous sommes très loin de 65 à 75% annoncés. Pourquoi ?
Mêmes serveurs, le 12 novembre.
Au total on est à 88,8% de filtrage contre 99,2% le 10
Comment en vient-on à clamer de faux chiffres ?
Parce que McColo spamait principalement ses concitoyens américains et que les chiffres sortis ont traversé l'atlantique. Je pense que le journaliste informatique français est soit un fainéant, soit un naïf. Un fainéant qui reprend une source fiable parce que c'est plus facile, soit un naïf parce qu'il estime qu'internet étant mondial, les réalités d'ici sont les mêmes que celles de là-bas.
Hors, même s'il ne faut pas 3 jour à un mp3 pour venir de Tokyo, il ne faut pas oublier que l'Internet varie d'un pays à l'autre : les résultats de http://www.google.fr/search?hl=fr&q=football et http://www.google.be/search?hl=fr&q=football (même uniquement en langue francophone) différent.
Les spammeurs le savent aussi : c'est pour ça que vous recevez des spams mal-traduits en français et non pas en allemand ou en italien. Dès lors la fermeture d'un spameur américain majeur n'a qu'une incidence faible sur le spam de ceux qui ne fréquentent pas beaucoup l'internet américain.
Un mars et ça repart
Pour déprimer, un constat d'échec. Fermer McColo n'aura d'ailleurs au final servi à rien : les spameurs ont trouvé de nouveaux relais et le spam repart à la hausse. Voici les chiffres pour la journée du 17 novembre 2008:
Lutter contre le spam ne se fera pas en arrêtant un spameur et en le vouant au martyr. Exactement comme pour l'échange illégal de fichiers, la répression n'est pas la solution. La solution la plus immédiatement applicable n'est pas d'inventer un nouveau protocole de mail (dont la migration prendrait des années), ce n'est de faire mumuse avec les DNS (je prendrai le temps de dire tout le mal que je pense de SPF prochainement) mais simplement d'installer des filtres antispams partout afin de détruire l'intérêt du spam.
Un blog, hourrra !
J'ai créé ce blog pour exprimmer les idées que je ne peux promouvoir au travers de Chtinux. Elles concerneront principalement le logiciel Libre dans un cadre local à Lille et ses environs.
Le titre Steak de gnou est honteusement pompé sur l'histoire des pingouin, une petite série de textes rédigés par Antoine Belot en 2000. Faut lire l'histoire des pingouins, c'est vachement bien.
Il faut également lire lapin (et s'abonner à la newsletter lapin) ainsi que autonomny, un must read sur les brevets. Si vous avez d'autres lectures saines dans la même veine (genre engoogled & cie), je suis preneur :-)